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Le métier d'archéologue sous-marin

 

Entretien avec Élisabeth Veyrat, archéologue sous-marin et commissaire général de l'exposition

 

Je me sens ultra privilégiée de pouvoir consacrer ma vie à l'exploration des épaves. Cette chance se décline en plusieurs tranches de vie, toutes exaltantes : d'abord, le chantier de fouille en mer, ces moments si intenses, pleins de passions, de tensions, de rires et d'efforts collectifs. Puis la sensation, soudaine et exaltante, de comprendre le site sous-marin que l'on fouille, de reconstituer la scène de crime et de faire parler l'épave. Ensuite, la digestion méthodique des données archéologiques, devant son ordinateur, au détour d'une archive ou dans un laboratoire. Et plus tard, enfin, l'étape ultime, la restitution de ces pages d'histoire maritime au public et aux chercheurs du monde entier, par le biais des publications et des expositions. Et là, le plaisir de voir, à leur tour, briller les yeux des enfants !

C'est un long chemin débuté sur un coup de cœur, en 1982, l'été de mes 18 ans. Je participe alors à mon premier chantier de fouille terrestre sur l'île de Gavrinis, dans le Golfe du Morbihan puis je découvre la plongée à Niolon, en rade de Marseille. C'est le déclic. Inscrite alors en première année d'histoire de l'art et d'archéologie à l'université de Paris Sorbonne, je lâche sans regret l'égyptologie pour me lancer à corps perdu dans l'archéologie sous-marine. Néophyte en tout, je suis immédiatement happée par l'immense potentiel archéologique sous-marin des côtes bretonnes et par l'authenticité des plongeurs qui consacrent leur vie aux épaves. Ces gens là ont les yeux qui brillent et je veux partager leur passion. Pourtant, le chemin a été long pour être reconnu par ses pairs, les plongeurs et les professionnels de la mer, mais aussi pour faire accepter l'idée d'une archéologie différente, plus humaine, souvent même plus récente, auprès des scientifiques. C'est mon pari, mon credo et je n'ai jamais douté, car il y a tant à faire. J'ai foncé et les années de vaches maigres et de contrats précaires ont juste affermi ma volonté !

L'honnêteté et l'humilité, en premier lieu. Je souhaite à tout prix rendre lisibles les sites archéologiques étudiés et le cœur de notre métier, mais pas au détriment de la réalité historique. Les vestiges sous-marins ne sont pas une ressource renouvelable, la fouille détruit l'épave au fur et à mesure qu'elle progresse, et il faut donc être absolument sûr de l'interprétation que l'on fait des vestiges, être rigoureux dans ses doutes et dans ses exigences. Mais il faut également être doué d'humanité, avoir une capacité à s'imprégner de l'histoire des hommes, qui est une longue succession de parcours individuels éphémères, de transcendances et d'échecs. L'histoire officielle ne m'intéresse pas, ce sont les fêlures, les doutes, et l'intimité des équipages qui me poussent à questionner, encore et toujours, la source archéologique pour mieux la comprendre et la faire connaître. C'est à la fois un devoir de mémoire, mais aussi la responsabilité de protéger et de transmettre.

Un formidable bilan, un beau défi et un immense cadeau de la part de ceux qui m'ont proposé de prendre la tête d'un tel projet. Dix ans après l'exposition La mer pour mémoire, qui a marqué, de 2005 à 2009, la synthèse des recherches archéologiques sous-marines sur les côtes atlantiques françaises, l'exposition des cinquante ans du Drassm est une extraordinaire opportunité de pousser plus loin la réflexion, en l'étendant à l'ensemble des littoraux, des périodes chronologiques et des chercheurs. C'est également l'opportunité de trouver les meilleurs moyens de communiquer au public l'essentiel de ce qui anime les archéologues sous-marins, la passion, la curiosité... Conquérir le cœur du public sans rien renier de notre métier ni de nos exigences, quel beau défi !

 

 

 

Catalogue de l'exposition : 80 pages aux éditions Actes Sud

 

 

 

 

 

 

  • Légende visuel : Photographe. Photo © David Giancatarina.

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